La vraie histoire de ces derniers mois

On s’est dit qu’après tout ce temps passé sans vous écrire, sans vous raconter nos vies vous deviez secrètement – parce que bon on a pas entendu beaucoup de plaintes non plus – vous demander ce que nous f**tions, pardon faisions. Et puis on s’est surtout dit qu’il ne fallait pas qu’on oublie de vous donner des nouvelles et puis en vrai, on a plein de trucs à vous raconter.

La dernière fois qu’on vous a parlé, on avait tous les deux un travail, on habitait à Waterloo et on attendait une révélation sur la suite des événements. On a toujours tous les deux un travail, on vit toujours à Waterloo et on a on pris une décision mais pour en arriver là, le chemin a été long et douloureux.

L’histoire de Julie

Au bout de 6 semaines de travail, on m’a demandé de partir. Je ne convenais pas pour le poste. Ils s’attendaient à ce qu’avec mon expérience je sois plus à l’aise et confiante dans ce que je faisais ou disais au client. De mon côté, je dois avouer qu’eux non plus ne me convenaient pas mais j’avais décidé de trouver ailleurs avant de leur dire au revoir. Ils m’ont pris de court. L’ambiance n’était pas vraiment là, les projets pas très intéressants et surtout, leur manière de travailler ne me correspondait pas : pas de planning, pas de process, pas de réunion d’équipe, pas de communication. Bref, il fallait répondre rapidement au client mais pas trop travailler en équipe. C’était donc pas terrible et c’était un mal pour un bien.

C’est la première fois de ma vie que je suis remerciée. Je n’ai pas particulièrement eu de difficulté en France à trouver un travail ou à en changer d’ailleurs, j’ai souvent refusé des postes ou suis partie de mon plein gré. Alors la première fois, c’est comme en amour, ça fait mal et à des milliers de km de chez soi et en anglais, c’est d’autant plus douloureux. J’ai mis du temps à m’en remettre. J’ai presque passé autant de temps dans cette agence qu’à retrouver un job. Pendant 6 semaines, j’ai eu des hauts et des bas. Pas mal de bas pour être honnête parce qu’il faut l’être, honnête. Ca n’a pas été facile à vivre, à accepter et remonter la pente est une chose qu’il faut vouloir. J’ai perdu ma motivation, ma confiance en moi et mon enthousiasme. J’ai lâché les rennes et quand on est en bas, lâcher les rênes ne permet pas de se sentir mieux ni de remonter la pente. Je n’avais plus envie de passer du temps à chercher une travail, travailler mes candidatures, parler anglais, essayer, m’intégrer, me faire plaisir et du bien. Et dans ces moments là, je ne vais pas vous faire un dessin mais rester dans un cercle pas vertueux c’est plus facile que de réussir à en sortir.

Toujours est-il qu’un jour les choses sont venues à moi. Une agence de recrutement m’a rappelée, j’ai passé un entretien, j’avais un contrat. 2 mois dans une agence marketing au sein du pôle digital. Genial, c’est parfait. Je ne m’engage pas sur du long terme, j’ai le droit à un second essai, je peux reprendre mon expérience là où je l’ai arrêtée la première fois, je continue mon apprentissage, je m’améliore, je rencontre des gens, je me défie et ça fait du bien, ça mets du baume au coeur.

L’agence est juste géniale, les gens sont ouverts et prêt à travailler avec des nouveaux et des gens dont l’anglais n’est pas leur langue natale, les projets sont cools, les process sont clairs et expliqués dès le debut et on peut les discuter pour les améliorer. Bref, le pied. ça me plait et surtout, ça m’aide beaucoup à reprendre confiance en moi, en mon anglais, en mes capacités. Je peux le faire. Ma seule crainte désormais c’est qu’ils me proposent de rester.

L’histoire de Benjamin

Bonjour c’est Benjamin qui parle et je remercie l’auteur de cet article de m’accorder cette intervention. Mettons les choses au clair : le défi professionnel que s’est lancé Julie était plus ambitieux que le mien, plus risqué du reste. Je suis développeur, un métier en pénurie en ce moment, qui peut se pratiquer du fond d’une cave à l’autre bout du monde sans adresser un mot à ses clients. Sans être d’un niveau technique exceptionnel, j’ai suffisamment d’expérience pour convaincre une entreprise australienne de m’embaucher même si je n’aligne pas trois mots d’anglais sans faute. Julie est chef de projet, ce qui implique un niveau de communication irréprochable et la concurrence est rude puisque tout le monde si je puis dire peut s’improviser chef de projet.

Le mien de défi, c’était de monter dans cette boite d’une soixantaine de personnes un pole du même nom que l’outil dans lequel je me suis spécialisé, WordPress. C’est un outil qui aide au développement de sites simples comme complexes et qui était déjà un peu utilisé dans la boite en question. J’avais en tête de les aider à mettre en place des méthodologies de développement plus pertinentes, former les nouveaux et chapoter un peu tous les projets. Les premiers jours, je me suis senti challengé comme on dit ici, comme s’il fallait que je montre que ce que j’avais dit en entretien n’était pas du bidon. Je me souviens d’avoir un peu perdu confiance en moi après mon deuxième jour de travail et de m’être dit que cette fois le chef et les collègues de Paris ne seront plus là pour me dépanner si besoin.

J’ai rapidement fait mes preuves et tout baignait jusqu’à ce qu’on me mette par manque de ressources, à temps plein sur un projet pas très épanouissement techniquement, et surtout sans fin. Les fondations sont mal développées, il est trop tard pour les faire évoluer. J’ai l’impression pendant plusieurs mois de coller des rustines sur un pneu crevé, de mettre du chewing-gum sur les fuites pour nos amis plombiers. Pendant ce temps, impossible de faire des choses à valeur ajoutée, ça devient long.

Les événements se sont ensuite enchainés. Julie a perdu son boulot et moi ma grand-mère. C’était mon premier deuil et se le manger à distance c’est violent. Professionnellement, ça va de mal en pis et comme Julie vit les événements cités plus haut, je commence à sérieusement à penser à l’option « chérie tu prends ton manteau on s’en va ! ». Je finis par dire à mon chef un lundi matin 9h10 que je ne suis pas heureux, que je fais du travail de merde et que je me casse. J’ai eu un entretien sur le pouce et j’ai décidé de rester mais de ne pas demander de sponsor ce qui implique que je devrais quitter la boite après 6 mois de travail donc à la mi-septembre.

Les choses ont fini par évoluer dans le bon sens au travail mais c’est comme si c’était arrivé trop tard. Après tout, l’idée de ce voyage était avant tout de voir autre chose, de s’éclater, de profiter avant d’avoir une vie plus sage. Je vais donc faire de mon mieux pour terminer ces 6 mois en beauté et maintenant que Julie a trouvé un emploi qui lui va, c’est nettement plus sympa de se raconter nos journées en rentrant. Je rends l’antenne.

Les choses auraient pu se passer autrement

On l’a eu la révélation, peut-être pas dans les meilleures conditions mais on l’a eu. On sait désormais qu’on ne veut pas rester en Australie et s’y installer. C’est génial mais pour nous ce sera juste quelques mois. Même si on comprend que les gens s’y sentent bien et veulent y rester nous, on ne pense pas être faits pour vivre ici.

Les choses auraient pu prendre une autre tournure si j’avais trouvé ce travail plus tôt. Je me serais certainement moins posé de questions ou des questions bien différentes. J’aurais certainement mieux apprécié la ville et la vie, j’aurais pu m’y sentir complètement chez moi et m’y intégrer, je n’aurais certainement pas regardé les heures passer à me demander comment les remplir, je n’aurais certainement pas mangé tout ce chocolat, j’aurais plus ri que pleuré. La vie est ainsi faite, elle a souhaité me lancer un défi que j’ai passablement raté. Vous l’aurez compris, je n’ai pas bien vécu cette période de chômage. Je l’ai mal vécue physiquement et physiologiquement. Avec le recul c’est-à-dire avec un emploi, je me dis que cette période fut un lamentable échec, celui d’avoir agi et réagit sans réussir à positiver, sourire et relativiser. Tout cela pour vous dire que durant ce malheureux épisode de mon aventure au bout du monde, Benjamin et moi avons décidé de rentrer.

C’est donc aujourd’hui sans pression que nous pouvons dire que nous rentrons, notre aventure n’est cependant pas encore terminée, notre date de retour sur le sol français est programmée autour du 20 décembre. Entre temps, un petit tour aux Îles Fiji, en Nouvelle-Zélande, sur la côté est australienne et probablement à Cuba, l’occasion de reprendre les selfies du jour !

Ca s'est passé ici

6 commentaires

  • Milie  

    Chapeau pour cet article et pour votre parcours !

  • Patrick Dahan.  

    Hello,
    Aller au bout du monde, c’est un peu aller au bout de soit.
    Voir ses limites c’est aussi un super moyen d’être encore plus heureux par la suite.
    En tant qu’ancien chef je me permet de vous rappeller que vous êtes des éléments incroyablement pro.
    En tant que connaissance, j’ai juste envie de vous faire un câlin 😉
    Juliiiiie rappel toi cette mauvaise posture au paint balle et ton cri de résistance salvateur à la pseudo défaite : « Sa mère la P ! » Et avec Le sourire aux lèvres… Tu avais perdu une partie et gagné un fan. Moi.
    Je pense que cette fois tu crois avoir perdu (mais ce n’est pas le cas à mon avis) mais tu as encore gagné un fan. Moi.
    Alors, tous en cœur « Sa mère la P…………..! »
    Des bises. A bientôt.

  • Julie  

    Voilà ben je vais me remettre à chialer mais de joie.
    Mille mercis.
    Muac Muac.
    A très vite.
    Julie

  • Françoise  

    Les enseignements qui se font sans douleurs, n’ont pas de réelles valeurs. … Bises et bravo pour votre parcours

  • Virginie  

    Bonjour,
    Moi, je ne vous connais pas et je viens de tomber complètement par hasard sur votre site, il y a qq heures, au boulot ( mais chuuuut ! ) en cherchant des infos sur le Cambodge ( j’ai d’ailleurs adoré le montage sur Angkor sur un fond musical de Voyages Voyages !! mdr 😉 ), ceci en prévision d’ un ch’ti break que je prévois de faire pas tout de suite, tout de suite, mais d’ici 3 ans max, histoire d’avoir le temps de réunir tous les euros qui vont bien 😉
    7 mois pour voir ailleurs si j’y suis.. ou pas 😉

    Bref !!!
    Tout cela pour dire qu’on s’en fout de moi mais je voulais juste vous dire, qu’après avoir tapé un peu sur tous vos post, je tombe sur celui-ci et là…. fallait que je commente ! 😉

    Je vous trouve hyper courageux de vous être lancés dans une telle aventure ! sérieux ! Tout plaquer et aller tenter sa chance ailleurs, rares sont ceux qui en ont le courage.
    Je dis bravo et sans regret ! C’est une super aventure, une sacrée expérience de vie.
    Vous m’avez fait rêver pendant quelques heures tout en me disant « ah si j’étais jeune ( j’ai 40 ans 😉 )…. j’aurais pu moi aussi…. »
    J’aurai pu moi aussi rien du tout !!! je n’aurais pas eu le courage que vous avez ! et je ne l’ai toujours pas d’ailleurs 😉
    Encore bravo les jeun’s 😉
    Et qui sait… va savoir qq idée « saugrenue » vous allez nous pondre une fois rentrés en France.. ? On ne sait jamais de quoi demain sera fait :)
    Et je pense qu’avec des personnes comme vous, tout est possible 😉

    Plein de bonnes choses pour la suite.

    • Julie  

      Bonjour Virginie,

      Merci merci merci merci beaucoup pour votre commentaire.
      ça nous touche beaucoup non seulement parce que nous ne nous connaissons pas mais aussi parce que votre message est plein d’énergie et de gentillesse.

      On va croiser très fort les doigts pour que votre voyage se réalise, qu’il soit merveilleux, plein de découvertes et d’émotions.
      N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions qui ne trouvent pas réponse sur ce blog ou ailleurs, nous nous ferons un plaisir de vous répondre.

      A très bientôt,
      Julie

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